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DEPUIS LE 19 AOÛT, LA TERRE VIT À CRÉDIT…

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Selon le Global Footprint Network (GFN), réseau international d'associations qui surveillent l'empreinte énergétique des humains sur la Terre, notre planète a épuisé son « budget écologique » annuel depuis le 19 août dernier. La population mondiale a consommé en huit mois l'intégralité des ressources que la Terre peut produire sans compromettre leur renouvellement. Le GFN désigne cette date comme le « jour du dépassement » (earth overshoot day), moment théorique auquel notre consommation de ressources naturelles dépasse la capacité annuelle du globe à les remplacer.
Le calcul est basé sur la consommation des matières premières agricoles, des produits issus de la mer et de la forêt, ainsi que la capacité de la planète à absorber le CO2 et les déchets que nous produisons.
Le constat est alarmant car d'année en année, la date du « jour du dépassement » est de plus en plus précoce. Le « jour du dépassement » se situait le 21 octobre en 1993, le 22 septembre en 2003 ; en 20 ans, il a donc reculé de deux mois !
Pour le reste de l'année, notre consommation résultera en un déficit écologique croissant qui puisera dans les stocks de ressources naturelles et augmentera l'accumulation du CO2 dans l'atmosphère. Selon le WWF (fonds mondial pour la nature), l'humanité se trouve en situation de « dette écologique » depuis les années 1970. Selon cette organisation, aujourd'hui, 86 % de la population mondiale vit dans des pays qui demandent plus à la nature que ce que leurs propres écosystèmes peuvent renouveler.
La raréfaction des ressources est directement liée à l'érosion de la biodiversité, qui connaît une période d'extinction massive, d'une rapidité inédite et sans précédent. Cette situation est principalement due aux activités humaines et industrielles. Or, les entreprises, les collectivités et l'économie en général, dépendent fortement de la nature et donc des ressources renouvelables et non renouvelables (eau, nourriture, bois, pétrole) qui servent leurs processus de fabrication. Dans le même temps, elles sont aussi tributaires du « bon » fonctionnement des écosystèmes et de leurs propriétés émergentes (pollinisation, cycles biogéochimiques, échanges gazeux, fertilité des sols). Le constat est donc aujourd'hui tout aussi brutal que préoccupant : l'économie dégrade la biodiversité dont elle dépend !
Pour être soutenable, l'économie doit (ré) apprendre à vivre aux rythmes du vivant et se fixer des « limites biologiques et physiques » à ne pas dépasser. Elle doit se rapprocher de l'écologie scientifique pour comprendre comment fonctionne la nature, de sorte à la copier, s'en inspirer, pour élaborer des activités productives. Le système économique n'est qu'un sous-ensemble de la sphère sociale, elle-même incluse au sein de la biosphère. Il ne peut exister d'économie sans humains et sans nature.
Les appels pour une « croissance verte » ou un « développement durable » qui foisonnent aujourd'hui cachent souvent des systèmes de production inchangés. Le verdissement des produits ou des services garantit-il des modes de production respectueux du vivant ? L'économie circulaire ou l'écologie industrielle - à système inchangé - ne subiront-elles pas l'effet rebond et le dumping des impacts dans d'autres territoires ? Les tentatives de compensation des dommages, en donnant un droit à détruire, ne repoussent-elles pas la mise en œuvre de solutions alternatives ? Enfin, l'écologie du consommateur, que l'on voudrait « exemplaire », ne fait-elle pas oublier que ces derniers sont dépendants des productions qui leur sont offertes et du marketing mis à l'œuvre pour écouler les produits ?
Il est possible de repenser nos modes de production et de consommation dans la perspective d'un monde fini. Des milliers d'alternatives existent et ne demandent qu'à émerger, si toutefois des réformes économiques sont portées jusqu'au bout par les décideurs. Dans le secteur du bâtiment, de l'agroalimentaire, des transports, de la gestion de l'eau, de l'énergie et de l'industrie en général, il existe une multitude d'innovations pour produire tout en veillant à la préservation des caractéristiques fonctionnelles des écosystèmes.
Il est possible d'inverser la tendance en privilégiant l'utilisation durable des ressources. Favoriser les énergies renouvelables, ainsi que les régimes alimentaires moins riches en viande ; mettre fin à l'économie linéaire (produire-jeter) ; se convertir à l'économie circulaire où les déchets des uns sont les ressources des autres, ou encore repenser l'urbanisme.
www.footprintnetwork.org/fr/index.php/GFN/page/earth_overshoot_day/

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