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LA LOI MENACE L’AVENIR DES VÉGÉTAUX VULNÉRABLES

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©www.map-photos.com – N. & P. Mioulane

Alors que les différents organismes professionnels mettent en évidence le rôle essentiel des plantes et des jardins dans notre société très urbanisée, l'article 68 de la loi de Transition Énergétique pour la croissance verte (promulguée le 18 août 2015) met en péril la survie à terme de certaines espèces végétales majeures tels les frênes, les buis et les marronniers dans le Nord-Est de la France.

La loi prévoit en effet la suppression des produits phytosanitaires issus de la chimie de synthèse pour les collectivités dès 2017 et à partir de 2019 pour les particuliers L'UPJ met en garde l'opinion contre les risques que ces mesures vont entraîner, notamment celui de désertification des espaces urbains en faisant disparaître des espèces de végétaux vulnérables aux bio-agresseurs : maladies et ravageurs.

 

Le sombre avenir du frêne

La chalarose du frêne (ou maladie du flétrissement) est due à un champignon (Chalara fraxinea) originaire d'Extrême-Orient. Passé par la Pologne dans les années 1990, il touche désormais l'ensemble de l'Europe du Nord. L'évolution de cette maladie très invasive, est particulièrement rapide. En France, les premiers symptômes ont été détectés en 2008 en Haute-Saône. Depuis, la zone infestée n'a cessé de s'étendre, jusqu'à représenter un tiers du territoire. Or, comme le précise le Rapport annuel de Surveillance biologique du Territoire (2014) : « cette maladie se manifeste par une mortalité quasiment totale des jeunes arbrisseaux par une pourriture au pied et une dégradation avancée du feuillage pour les arbres adultes ». La pérennité du frêne (Fraxinus exelsior), actuellement notre cinquième essence feuillue, est fortement compromise si aucun protocole phytosanitaire ne lui vient en aide.

 

Graves menaces sur le buis

Le buis (Buxus sempervirens), très utilisé pour ses propriétés ornementales et plante emblématique des jardins à la française, est depuis 2008 attaqué par deux maladies cryptogamiques de dépérissement (Cylindrocladium buxicola et Volutella buxi) et un ravageur : la pyrale (Cydalima perspectalis), un papillon nocturne. Ces bio-agresseurs sont si envahissants qu'entre 2013 et 2014, 28 nouveaux départements ont été touchés ! Les ravages provoqués menacent gravement notre patrimoine historique et touristique qui rappelons-le est le plus visité au monde…

 

Les marronniers en danger de mort

Les marronniers (Aesculus hippocastanum) qui font aussi partie des attributs des jardins à la française et comptent parmi les plantations urbaines les plus courantes, subissent les attaques de la mineuse du marronnier (Cameraria ohridella), une chenille qui creuse des galeries dans les feuilles. Une maladie mortelle pour l'arbre, le chancre bactérien du marronnier (Pseudomonas syringae pv. aesculi), est apparue peu après la dispersion de cette chenille en Europe. Il semblerait que les deux soient liées mais les scientifiques n'ont pas encore confirmé leurs craintes.

 

Il est grand temps de se mobiliser pour sauver les plantes menacées car sans solution adaptée et efficace ces espèces sont amenées à disparaître comme ce fut le cas pour les ormes, rayés de la carte entre 1970 et 1990 suite à leur contamination par la  graphiose (Ophiostoma ulmi) un champignon transmis par un insecte coléoptère : le scolyte de l'orme (Scolytus scolytus).

 

 Une loi aux échéances prématurées qui oublie le temps de la reconversion

L'UPJ rappelle que les professionnels du secteur jardin s'étaient depuis longtemps inscrits dans une démarche positive, concrète et efficace et considère l'interdiction des produits de soins des plantes comme « une punition injuste et accablante ».  Entre 2008 et 2013, en dehors de toute obligation législative, les volumes de substances actives ont diminué de 25 % dans les jardins et les espaces publics, preuve concrète des efforts entrepris par la profession. De plus, les produits dotés de la mention EAJ (Emploi autorisé dans les jardins) résultent depuis 15 ans d'efforts de recherche et développement, qui ont permis de mettre uniquement sur le marché des solutions sécurisées et spécialement adaptées aux besoins des jardiniers.

L'UPJ s'étonne que la France, pays d'accueil de la COP 21, soit capable de prendre des décisions si restrictives et hâtives d'autant que les alternatives naturelles aux produits phytosanitaires n'existent pas toujours. Par ailleurs, il n'est pas inutile de rappeler que « naturel » ne veut pas obligatoirement dire sans danger pour l'environnement et la santé, et que de nombreux produits de synthèse ont justement été créés pour en pallier les limites écologiques et sanitaires.

Il est mensonger de mettre en avant la possibilité de résoudre tous les problèmes de santé des plantes sans les produits de synthèse. Il est aussi irréaliste de faire croire que l'entretien du jardin sera aussi facile, rapide et efficace après l'application de l'interdiction.

L'UPJ refuse l'opposition « naturel » versus « synthèse » et promeut l'alliance de ces produits évalués et dûment homologués qui, dans leur complémentarité, sont à l'heure actuelle l'unique solution pour à la fois entretenir les jardins et lutter contre les maladies et ravageurs.

 

Engagée pour un jardinage responsable et respectueux de l'environnement, l'association de professionnels rappelle que la France applique de la manière la plus coercitive qui soit la directive européenne du 21/10/2009 sur l'utilisation des produits phytosanitaires. Le premier article de cette directive instaure un cadre pour parvenir à une utilisation compatible avec le développement durable, en réduisant les effets sur la santé humaine et l'environnement tout en encourageant les méthodes alternatives

Contrairement aux autres États membres, qui mettent en œuvre une politique d'utilisation durable, les parlementaires français ont voté une loi visant à aboutir au « zéro phyto » à des échéances si courtes qu'elles ne laissent pas le temps de mettre en place des alternatives appropriées. Nous savons qu'il faut 10 ans pour créer un nouveau produit adapté. Aussi les délais à 2017 pour les collectivités et 2019 pour les jardiniers amateurs ancreront des problématiques de santé végétale déjà très préoccupantes, ce qui équivaut à condamner de nombreuses espèces.

www.upj.fr

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