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Logistique : une nouvelle période d’incertitudes

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Alors que la fiabilité des transports de conteneurs avait tendance à se redresser, les confinements de plusieurs mégalopoles chinoises ont créé une nouvelle instabilité, qui rejaillit sur les chaînes d'approvisionnement mondiales.

 

Du côté des armateurs comme des chargeurs, le quasi-arrêt des activités maritimes en mer Noire affecte marginalement le transport par conteneurs, à l'inverse de celui des vracs secs, comme les céréales ou le charbon.

Depuis le début du mois de mars, Pékin a annoncé le confinement de plusieurs villes chinoises dont Shanghai, le plus grand port de porte-conteneurs du monde. Sa mise à l'arrêt a des répercussions dans le monde entier, bloquant le chargement et déchargement de centaines de navires.

 

Selon les professionnels, de premiers craquements sont perceptibles côté chinois, mais le pire reste sans doute à venir. A Shanghai ou à Ningbo, « les terminaux portuaires, largement automatisés, fonctionnent normalement, et la situation ne s'est pas encore matérialisée par des retards de navires. Mais les bateaux partent moins pleins que d'habitude, car les marchandises arrivent souvent au port avec trois à dix jours de retard, et les navires n'attendent pas », témoigne Stéphane Defives, directeur de l'activité maritime en France du géant logistique Kühne + Nagel. Des délais engendrés par les restrictions sanitaires imposées aux chauffeurs routiers chinois.

Les pénuries et des retards des camions ont déjà un lourd impact sur la production. Les constructeurs automobiles de Shanghai ont suspendu ou réduit leur production, en raison d'interruptions de l'approvisionnement en composants. L'usine de Tesla est fermée depuis le 28 mars. D'autres secteurs (électroniques, chimie, textile, etc.) sont touchés à mesure que le confinement se prolonge, accentuant le risque d'implications pour le reste du monde.

 

L'exportation des produits est un autre défi. Le port de Shanghai - le plus actif au monde - a beau être toujours ouvert, il fonctionne au ralenti. « Les volumes hebdomadaires ont diminué d'environ 40 % », estimait la semaine dernière Bettina Schön-Behanzin, vice-présidente de la Chambre de commerce de l'Union européenne. Une pénurie de personnel ralentit la livraison des documents nécessaires aux navires pour décharger les cargaisons, selon les armateurs et les commerçants interrogés par Bloomberg. Pendant ce temps, les navires transportant des métaux comme le cuivre et le minerai de fer attendent au large, car les camions ne sont pas en mesure d'envoyer des marchandises du port aux usines de transformation.

Le nombre de porte-conteneurs en attente au large de Shanghai et de Zhoushan, à proximité, a plus que doublé depuis début avril pour atteindre 118 unités, soit près de trois fois le niveau d'il y a un an, selon les données de Refinitiv. Les déroutements des bateaux vers des ports plus petits, non touchés par les confinements, ne sont pas une option, d'une part en raison de la taille des porte-conteneurs géants, et d'autre part car les exportateurs sont rattachés à un bureau de douane précis. En ce qui concerne les conteneurs disponibles, à l'origine de pénuries et de blocages tout au long de 2021, le problème s'est quelque peu détendu, mais reste maintenant à optimiser les rotations vers l'Europe ou l'Amérique.

 

En avril, les volumes prévus à l'export au départ des ports géants de Chine centrale (Shanghai, Ningbo-Zhoushan), sont en recul de 50 %, et en chute de 70 % pour les soutes de l'aérien, selon Anne-Sophie Fribourg, présidente de la commission maritime de TLF Overseas. Même si bon nombre de clients européens ont déjà fait des stocks et sabré leurs catalogues en attendant des jours meilleurs, cela n'explique pas en soi un tel décrochage. Au départ du port de Shenzhen, très important lui aussi, le mode « turbulences sévères » est de mise depuis la semaine dernière.

 

Pour respecter les temps de voyage complets, les compagnies maritimes sautent aussi régulièrement certaines escales, ce qui crée des disruptions dans les ports sacrifiés.

 

Pour ne rien arranger, les ports des différents continents sont congestionnés pour des raisons diverses, ce qui ralentit les opérations de chargement des marchandises vers les clients finals. En Europe du Nord, Rotterdam, Hambourg ou Bremerhaven ne savent plus où mettre les conteneurs en souffrance qui étaient sur l'eau au début de la guerre d'Ukraine, destinés à la Russie  depuis frappés des sanctions européennes.

 

En Amérique du Nord, l'administration Biden a mis le holà à des dérives, par exemple des conteneurs utilisés comme entrepôts pour des commodités telles que le soja. Mais les sérieux engorgements des ports californiens sont longs à résorber, et le problème a été transféré sur la côte Est (Norfolk, Savannah). Par ailleurs, tous les ports d'Amérique latine imposent actuellement aux bateaux des délais d'attente de plus de dix jours. Conséquence, quelque 13 % de la flotte mondiale de porte-conteneurs était déjà considérée comme « inopérable » en février, avant que Vladimir Poutine ne se décide à envahir l'Ukraine.

 

Sources : Le Figaro – La tribune – Les Echos. Extraits

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