Flash Infos

DISPARITION ACCÉLÉRÉE DES ESPÈCES SAUVAGES

Facebook Twitter LinkedIn
Imprimer

En illustration : le pigeon migrateur

Il y a tout juste un siècle, le 1er septembre 1914, s'éteignait au zoo de Cincinnati, aux États-Unis (Ohio) le dernier des pigeons migrateurs, ou tourtes voyageuses (Ectopistes migratorius). Cet oiseau appelé Martha, du nom de la femme de George Washington, était âgé de 29 ans. Cette espèce, endémique du continent nord-américain, comptait plus de trois milliards d'individus au début du XIXe siècle. Moins de 100 ans plus tard, elle était éteinte, victime d'une chasse irraisonnée.

 

Cet exemple emblématique de l'influence de l'être humain dans la réduction de la biodiversité revient dans l'actualité suite à une étude par une équipe de scientifiques de l'université américaine de Brown à Providence (Rhode Island), dirigée par le Néerlandais Jurriaan de Vos. Publié dans la revue « Conservation Biology » ce travail met en avant que le taux d'extinctions serait aujourd'hui 1 000 fois plus important que pendant les 60 millions d'années précédant l'apparition du genre humain !

 

Les chercheurs ont étudié à la fois les fossiles et l'évolution des arbres généalogiques (la phylogénie) de nombreuses espèces végétales et animales. Ces travaux basés sur l'ADN permettent de connaître les détails de l'évolution des espèces et la manière dont elles se sont diversifiées avec le temps. Les scientifiques ont déterminé l'ordre de grandeur du « taux normal d'extinction » pour la période antérieure à la présence de l'homme sur la planète, soit 0,1 extinction par million d'espèces et par an. Cette valeur est dix fois moindre que celle prise en compte durant les années 1990, qui estimait une extinction annuelle par million d'espèces. Les auteurs de l'étude aboutissent aujourd'hui au chiffre effarant de 100 extinctions par an pour chaque million d'espèces, soit mille fois plus qu'avant l'avènement de l'humanité !

 

Ce chiffre n'est malheureusement pas une première. Fin mai dernier, un article paru dans la revue de référence « Science » sur l'extinction des espèces (dont l'auteur principal est l'un des cosignataires de l'étude conduite par Jurriaan par de Vos) l'évoquait déjà. Il mettait l'accent sur les dangers que court la biodiversité actuelle, et le rôle de l'être humain dans cette dégradation en raison principalement de la démographie croissante et l'augmentation de la consommation de ressources par habitant du fait de l'évolution de notre mode de vie.

 

Les projections effectuées par les auteurs de l'étude laissent présager un décuplement de cette accélération destructif et ils avancent des taux futurs pouvant atteindre 10 000 fois celui « d'avant l'homme ». La crainte porte aussi sur de nouvelles espèces encore inconnues et qui pourraient disparaître avant même d'avoir été découvertes. En dépit de ces prévisions alarmistes, il faut noter que nous n'avons pas encore (et c'est heureux) atteint un taux comparable à celui des extinctions massives que la planète a connues dans le passé (à la fin du règne des dinosaures 50 % des espèces ont disparu). Toutefois, certains parlent déjà de la « sixième extinction ».

 

On peut toutefois accentuer les mesures de protection pour les espèces en voie de disparition. Il est aussi possible d'espérer un renouveau pour celles qui sont déjà éteintes avec la perspective de la « dé-extinction ». Selon un article de « Scientific American », des chercheurs de Harvard ont réussi à modifier les gènes d'un éléphant d'Asie pour lui donner certaines caractéristiques propres au mammouth. À la manière de Jurassic park, certains envisagent déjà très sérieusement de faire renaître des espèces éteintes. Des tentatives (infructueuses) ont eu lieu en 2009 pour le bouquetin des Pyrénées (Capra pyrenaica pyrenaica) éteint depuis l'an 2000 et en 2013 pour une grenouille australienne (Rheobatrachus silus), disparue en 1983. Aujourd'hui, Ben Novak, de l'université californienne de Santa Cruz, vient de mettre au point un scénario pour ramener à la vie le fameux pigeon migrateur dont nous avons évoqué la disparition dans les premières lignes de cet article. Une fondation a même décidé d'apporter un soutien à ces techniques de « résurrection » d'espèces disparues.

 

En illustration : le pigeon migrateur

Haut de page