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LES CHIFFRES TRÈS INQUIÉTANTS DU PATRIMOINE NATUREL

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Le dernier rapport de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) alerte sur le fait que : « La nature décline globalement à un rythme sans précédent dans l'histoire humaine et le taux d'extinction des espèces s'accélère, provoquant dès à présent des effets graves sur les populations humaines du monde entier. » Le président de l'IPBES, Sir Robert Watson a déclaré : « La santé des écosystèmes dont nous dépendons, ainsi que toutes les autres espèces, se dégrade plus vite que jamais. Nous sommes en train d'éroder les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans le monde entier ».
Le rapport dit aussi qu'il n'est pas trop tard pour agir, mais à condition d'effectuer un changement transformateur dès maintenant et à tous les niveaux, du local au mondial». La nature peut encore être conservée, restaurée et utilisée de manière durable, ce qui est essentiel pour répondre à la plupart des objectifs mondiaux. Par « changement transformateur », on entend une modification fondamentale à l'échelle d'un système, qui prend en considération les facteurs technologiques, économiques et sociaux, y compris en termes de paradigmes, d'objectifs et de valeurs.
Le rapport d'évaluation mondiale sur la biodiversité et les services écosystémiques est le document le plus exhaustif réalisé à ce jour. Il s'agit du premier rapport intergouvernemental de ce type. Il s'appuie sur l'évaluation historique des écosystèmes pour le millénaire (Millenium Ecosystem Assessment) de 2005 et introduit de nouveaux moyens pour d'évaluation des preuves.
Élaboré par 145 experts issus de 50 pays au cours des trois dernières années, avec des contributions additionnelles apportées par 310 autres experts, le rapport évalue les changements au cours des cinq dernières décennies et fournit un aperçu complet de la relation entre les trajectoires de développement économique et leurs impacts sur la nature. Le document propose également un éventail de scénarios possibles pour les décennies à venir.

Basé sur une revue systématique d'environ 15 000 références scientifiques et sources gouvernementales, le rapport s'appuie aussi (et pour la première fois à une telle échelle) sur les savoirs autochtones et locaux, et aborde en particulier les questions concernant les peuples autochtones et les communautés locales. Le rapport estime qu'environ 1 million d'espèces animales et végétales sont menacées d'extinction au cours des prochaines décennies, ce qui n'a jamais eu lieu auparavant dans l'histoire de l'humanité.

Depuis 1900, l'abondance moyenne des espèces locales dans la plupart des grands habitats terrestres a diminué d'au moins 20 % en moyenne. Plus de 40 % des espèces d'amphibiens, près de 33 % des récifs coralliens et plus d'un tiers de tous les mammifères marins sont menacés. La situation est moins claire pour les espèces d'insectes, mais les données disponibles conduisent à une estimation provisoire de 10 % d'espèces menacées. Au moins 680 espèces de vertébrés ont disparu depuis le XVIe siècle et plus de 9 % de toutes les races domestiquées de mammifères utilisées pour l'alimentation et l'agriculture avaient disparu en 2016, et 1 000 races sont actuellement menacées.

Pour accroître la pertinence politique du rapport, les auteurs de l'évaluation ont classé, pour la première fois à une telle échelle et sur la base d'une analyse approfondie des données disponibles, les cinq facteurs directs de changement qui affectent la nature et qui ont les plus forts impacts à l'échelle mondiale. Ils sont hiérarchiquement : 1 : les changements d'usage des terres et de la mer ; 2 : l'exploitation directe de certains organismes ; 3 : le changement climatique ; 4 : la pollution, 5 : les espèces exotiques envahissantes.

Le rapport souligne que, depuis 1980, les émissions de gaz à effet de serre ont été multipliées par deux, provoquant une augmentation des températures moyennes mondiales d'au moins 0,7 °C. Le changement climatique a déjà un impact sur la nature, depuis le niveau des écosystèmes jusqu'à celui de la diversité génétique. Ce problème devrait augmenter au cours des décennies à venir et, dans certains cas, surpasser l'impact dû au changement d'usage des terres et de la mer et des autres facteurs de pression.

Les trois quarts de l'environnement terrestre et environ 66 % du milieu marin ont été significativement modifiés par l'action humaine. En moyenne, ces tendances ont été moins graves ou évitées dans les zones qui appartiennent à des peuples autochtones et des communautés locales ou sont gérées par eux.
Plus d'un tiers de la surface terrestre et près de 75 % des ressources en eau douce sont maintenant destinées à l'agriculture ou à l'élevage.
La valeur de la production agricole a augmenté d'environ 300 % depuis 1970, la récolte de bois brut de 45 % et environ 60 milliards de tonnes de ressources renouvelables et non renouvelables sont maintenant extraites chaque année dans le monde , une quantité qui a presque doublé depuis 1980.
La dégradation des sols a réduit de 23 % la productivité de l'ensemble de la surface terrestre mondiale ; une partie de la production agricole annuelle mondiale, d'une valeur marchande pouvant atteindre 577 milliards de dollars US, est confrontée au risque de disparition des pollinisateurs et de 100 à 300 millions de personnes sont exposées à un risque accru d'inondations et d'ouragans en raison de la perte d'habitats côtiers et de leur protection.
En 2015, 33 % des stocks de poissons marins ont été exploités à des niveaux non durables ; 60 % l'ont été au niveau maximum de pêche durable, et seulement 7 % à un niveau inférieur à celui estimé comme étant durable.
Les zones urbaines ont plus que doublé depuis 1992.
La pollution par les plastiques a été multipliée par dix depuis 1980 ; environ 300 à 400 millions de tonnes de métaux lourds, solvants, boues toxiques et autres déchets issus des sites industriels sont déversés chaque année dans les eaux du monde, et les engrais qui arrivent dans les écosystèmes côtiers ont produit plus de 400 « zones mortes» dans les océans, ce qui représente environ 245 000 km2, soit une superficie totale plus grande que celle du Royaume-Uni.

Le rapport présente également un large éventail d'exemples d'actions en faveur du développement durable et les trajectoires pour les réaliser dans des secteurs tels que l'agriculture, la foresterie, les écosystèmes marins, les écosystèmes d'eau douce, les zones urbaines, l'énergie, les finances et bien d'autres. Le document souligne combien il est important, entre autres, d'adopter une gestion intégrée et des approches intersectorielles qui prennent en compte les compromis entre la production alimentaire et celle de l'énergie, les infrastructures, la gestion de l'eau douce et des zones côtières, ainsi que la conservation de la biodiversité.

100 millions d'hectares de forêts tropicales ont été perdus entre 1980 et 2000, en raison principalement de l'augmentation de l'élevage du bétail en Amérique latine (environ 42 millions d'hectares) et des plantations en Asie du Sud-Est (environ 7,5 millions d'hectares, dont 80 % destinés à l'huile de palme, utilisée surtout dans l'alimentation, les cosmétiques, les produits de nettoyage et les carburants).

Depuis 1970, la population mondiale a plus que doublé (passant de 3,7 à 7,6 milliards), l'augmentation est inégale selon les pays et les régions. Par habitant, le produit intérieur brut est quatre fois plus élevé qu'alors, avec des consommateurs toujours plus éloignés transférant la pression exercée sur l'environnement par la production et la consommation dans toutes les régions.

Depuis 1900, l'abondance moyenne des espèces locales dans la plupart des grands habitats terrestres a, en général, diminué d'au moins 20 %. Le nombre d'espèces exotiques envahissantes par pays a augmenté d'environ 70 % depuis 1970, dans les 21 pays qui ont présenté des données détaillés.

Le taux actuel d'extinction des espèces dans le monde est supérieur à la moyenne des 10 derniers millions d'années, et ce taux s'accélère. +/- 9 % des espèces terrestres mondiales (5,9 millions en total) ont un habitat insuffisant pour leur survie à long terme, si ce dernier n'est pas restauré.

Souvent décrit comme le « GIEC pour la biodiversité », l'IPBES est un organisme intergouvernemental indépendant comprenant plus de 130 états membres. Mis en place par les gouvernements en 2012, il fournit aux décideurs des évaluations scientifiques objectives sur l'état des connaissances sur la biodiversité de la planète, les écosystèmes et les contributions qu'ils apportent aux populations, ainsi que les outils et les méthodes pour protéger et utiliser durablement ces atouts naturels vitaux.
www.ipbes.net

 

En illustration : un des plus beaux paysages naturels du monde : les chutes d'Iguaçu au Brésil
©photo : N. & P. Mioulane / NewsJardinTV - Jardimiou

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