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GARE AUX POISONS VÉGÉTAUX NATURELS !

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Le naturalisme ambiant et la montée en puissance du « bio » tendent à faire naître dans  l'esprit du public,  l'image d'une nature douce et bienveillante. Or il n'en est rien… À l'issue du 56e  congrès de la Société de toxicologie clinique qui s'est tenu en avril à Angers avec pour thème principal les toxines d'origine naturelle, les experts du CHU de la ville, premier Centre antipoison de France (60 000 appels reçus et 31 555 dossiers traités en 2017), livrent leurs recommandations pour éviter tout impair au contact de la nature.

Faune et flore réservent parfois de mauvaises surprises aux promeneurs, cueilleurs et autres jardiniers en herbe. Par exemple, cuisiner les fleurs comestibles est de plus en plus tendance. Mais gare aux intoxications ! Selon le Dr Gaël Le Roux, du CAP d'Angers, les intoxications par les plantes représentent 5 % des appels dans les centres antipoison. Différentes circonstances amènent à une intoxication : dans 95 % des cas, il s'agit d'une confusion alimentaire, pour les 5 % restants, cela relève d'un usage récréatif ou addictif.

Sur les 6 000 espèces de plantes recensées en France, 165 à 170 sont réellement toxiques (une quinzaine très toxiques). Un des exemples de confusions les plus répandues concerne la grande ciguë (Conium maculatum) qui ressemble à ressembler à la carotte sauvage (Daucus carota) et l'oenanthe safranée (Oenanthe crocata), que l'on peut confondre avec l'angélique (Angelica archangelica). Or, l'ingestion de ciguë ou d'oenanthe entraîne une urgence médicale !

Autre mauvais tour joué par les plantes : la ressemblance entre la consoude (Symphytum officinale) et la digitale (Digitalis purpurea). La première est une plante des milieux humides que l'on peut manger en beignet. Ses feuilles ressemblent à la digitale, qui, elle, est très toxique. Les fleurs permettent de différencier les deux plantes, mais en dehors de la période de floraison, are aux confusions !

Comme pour les champignons, le Centre antipoison angevin recommande de photographier toute cueillette de plantes et de fleurs fraîches avant de les consommer. En cas d'intoxication, médecins et pharmaciens pourront procéder à une identification d'après les photos et au besoin faire appel à un jardinier botaniste de la faculté de pharmacie d'Angers ou à des botanistes partenaires des centres antipoison, répertoriés grâce à une phytoliste.

Au cours du congrès, le Dr Gaël Le Roux est revenu sur les hallucinogènes d'origine végétale dont fait partie la stramoine (Datura stramonium). Cette plante, de plus en plus fréquente en France est extrêmement toxique. Consommée, elle provoque de terrifiantes hallucinations, voire la mort par dépression respiratoire ou arrêt cardiaque (4 à 5 g de feuilles de datura contiennent une dose potentiellement mortelle d'alcaloïdes).

 

Gare aux courges non comestibles !

Les courgettes que l'on déguste aux beaux jours peuvent réserver de très mauvaises surprises et provoquer des intoxications. La faute à la pollinisation entomogame (par les insectes). Il suffit en effet que les abeilles déposent du pollen de coloquinte (Citrullus colocynthis) sur les fleurs de courgettes, pour donner naissance à des légumes hybrides et non comestibles. Le conseil du Dr Le Roux, expert national de la question (il a été rapporteur pour l'ANSES) est simple : « il faut goûter avant cuisson les citrouilles ou les courgettes produites dans le jardin. En cas d'amertume, il faut renoncer à cuisiner ces légumes. »

Notez que 35 cas d'intoxication par des coloquintes ont été recensés en France l'an dernier. Les médecins toxicologues déconseillent de conserver les graines des Cucurbitacées cultivées au potager pour les propager. Il faut privilégier le semences vendues dans les jardineries (dont la pureté variétale est contrôlée) afin d'éviter toute intoxication.

 

En illustration : Oenanthe crocata, plante très toxique. ©N. & P. Mioulane / NewsJardinTV - Jardimiou

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