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LE COÛT DES ESPÈCES EXOTIQUES ENVAHISSANTES EN FRANCE

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©www.map-photos.com – N. & P. Mioulane

L'étude d'impact du Règlement (UE) 1143/2014 du Parlement européen et du Conseil du 22 octobre 2014 relatif à la prévention et à la gestion de l'introduction et de la propagation des EEE, estime à 1 500 leur nombre sur le territoire de l'Union et à 12,5 milliards d'euros (Md€) par an les coûts induits pour les États membres (dont 9,6 Md€ au titre des mesures de lutte et 2,8 Md€ au titre des dommages occasionnés par ces EEE).

Tandis que le Sénat examine en ce moment le projet de loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages présenté par le ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie, une étude du commissariat du développement durable a cherché à évaluer la situation en France (métropole et outre-mer). Un questionnaire et une analyse bibliographique ont mobilisé plus de 200 personnes au sein des services de l'État, des collectivités territoriales et de leurs groupements, des établissements publics, des gestionnaires d'espaces naturels, des organismes de recherche, des associations et des entreprises.

L'enquête révèle qu'en moyenne, sur la période 2009-2013 :

19 M€/an sont dépensés au titre de la gestion des EEE, en comptant le temps de travail et les frais de fonctionnement. Ils se répartissent pour 68 % en outre-mer et 32 % en métropole. S'y ajoutent les dommages (essentiellement sanitaires) occasionnés par les EEE et les impacts résiduels (persistant malgré les actions de gestion), estimés aussi à 19 M€/an.

Le coût total de 38 M€/an apparaît relativement faible par rapport à l'estimation de 12,5 Md€ au niveau européen, et à la dépense de protection de la biodiversité et des paysages en France, qui s'élevait à 2,2 Md€ en 2012.

Les répondants à l'enquête ont rapporté la présence de plus de 600 EEE sur notre territoire, mais 11 d'entre elles concentrent 58 % des dépenses, soit, dans l'ordre décroissant : le moustique-tigre en métropole et en outre-mer, le cerf de Java ou cerf rusa (Cervus timorensis) et le cochon féral (croisement de porc et de sanglier) en Nouvelle-Calédonie ; les jussies (Ludwigia grandiflora et L. peploides), les élodées (Elodea canadensis, E. callitrichoides, E. nuttallii), le ragondin (Myocastor coypus) et le rat musqué (Ondatra zibethicus) en métropole ; le rat, le chat et la souris grise en outre-mer, et la renouée du Japon (Reynoutria japonica) en métropole.

En métropole, le coût moyen de la lutte contre les jussies et les élodées dépasse 1,5 M€ par an, celui contre la renouée du Japon les 200 k€ et l'ambroisie coûte chaque année à la collectivité plus de 170 k€. Parmi les plantes nécessitant des budgets d'intervention viennent ensuite par ordre décroissant le séneçon en arbre (Baccharis halimifolia), la myriophylle (Myriophyllum aquaticum), la berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum), les griffes de sorcières (Carpobrotus spp.), l'élodée dense (Egeria densa) et les potamots (Potamogeton spp.).

Plus de 50 % des dépenses nationales ont lieu sur trois territoires : la Réunion, la Nouvelle-Calédonie, et les Terres Australes et Antarctiques Françaises. Les dépenses ont augmenté entre 2009 et 2013, de façon plus marquée en outre-mer, et principalement à cause de la lutte sanitaire contre le moustique-tigre (plus de la moitié des dépenses en 2013). De 2009 à 2013, les dépenses du ministère de la Santé ont fortement augmenté (effet moustique-tigre), tandis que celles des ministères de l'Agriculture et de l'Écologie sont restées relativement stables.

Les sources de financement proviennent à 41 % des collectivités locales et des agences de l'eau, suivies par l'État à 31 %. Les dépenses les plus élevées par espèce sont justifiées par des dommages multiples : activités économiques (nuisances aux infrastructures, pertes agricoles et sylvicoles…), biodiversité, ainsi qu'à des impacts sanitaires.

Il n'a pas été possible d'isoler la proportion de dépenses justifiées par les seuls dommages à la biodiversité, alors que les EEE sont reconnues au niveau international comme l'une des cinq causes majeures de son érosion.

Les principaux impacts résiduels évoqués sont le surcoût pour la protection des espèces et des espaces naturels.

Les impacts positifs évoqués sont essentiellement la production de bois et de végétaux d'ornement, avec plus de 30 plantes citées par le secteur horticole.

La plupart des EEE les plus coûteuses aujourd'hui ont été introduites de façon volontaire, à l'exception notable du moustique-tigre, de l'ambroisie (Ambrosia artemisiifolia), du frelon asiatique et de plusieurs champignons.

 

En illustration : la jussie (Ludwigia grandiflora) ou peste d'eau est une des plantes invasives qui engage le plus de moyens.

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