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REMISE EN CAUSE DES PLANTES INVASIVES

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(Source, Journal de l'Environnement). Si plusieurs écologues et botanistes (notamment le célèbre paysagiste Gilles Clément) ont déjà émis, arguments à l'appui, de sérieuses réserves quant à la nuisibilité des plantes dites « invasives » (les espèces d'origine étrangère à comportement conquérant), une étude britannique publiée en mars dernier dans Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas), vient renforcer cette position, en ne relevant aucun cas d'extinction du fait de ces espèces.

Notez que dans sa base de données : Global Invasive Species Database (GISD), l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) recense, parmi les espèces invasives, 3 163 plantes et 820 animaux. Au vu du nombre d'espèces connues, les plantes auraient environ 25 fois plus de chances d'être jugées invasives que les animaux selon Chris Thomas et Georgina Palmer, biologistes à l'université de York.

Les chercheurs ont été surpris de constater que les exemples d'extinctions liées à l'arrivée de plantes invasives soient si rares et ils émettent carrément des doutes sur le qualificatif « invasif », très exagéré selon eux pour la plupart des espèces végétales. Afin d'observer la progression et l'impact des plantes « alien » sur les espèces indigènes, ces scientifiques se sont penchés sur leur répartition dans 479 sites du Royaume-Uni, analysés en 1990 puis en 2007.

Résultat : rien ne montre que les plantes exotiques aient délogé les indigènes de leur milieu, ou qu'elles soient en voie de le faire. Elles ne semblent pas impacter de façon majeure les écosystèmes en termes de fréquence, de couverture végétale ou de diversité. Et ce, que les plantes d'origine étrangère soient installées de longue date au Royaume-Uni (avant 1500) ou plus récemment.

Selon les auteurs de l'étude : « Le changement d'abondance et de fréquence d'espèces végétales dépend avant tout des réponses de chacune aux facteurs environnementaux, dont la présence d'azote, la gestion des sols et le changement climatique ».

Reste que certaines plantes posent de véritables problèmes comme la renouée du Japon (Reynoutria japonica), quasiment impossible à éliminer une fois qu'elle a colonisé un milieu ou l'ambroisie (Ambrosia artemisiifolia) aux propriétés allergènes très fortes. Mais c'est surtout la biodiversité d'outre-mer qui semble la plus menacée et notamment dans les îles où l'endémisme important accroît la fragilité des espèces indigènes. Par exemple à Tahiti, l'invasion de Miconia calvescens (arbre de la famille des Melastomaceae, originaire d'Amérique tropicale) menace entre 40 et 50 espèces endémiques. On l'appelle localement le « cancer vert ».

Inutile donc de crier haro sur toutes les espèces introduites et notamment de culpabiliser les jardiniers avec les mimosas et les buddléias par exemple. Il n'est pas question d'engager une lutte tous azimuts contre les espèces dites invasives, mais d'agir proportionnellement aux problèmes réellement posés par ces plantes.

 

En illustration : renouée du Japon. ©www.map-photos.com – Paul Nief

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