Flash Infos

UNE ÉTUDE SUR L’IMPACT DES PESTICIDES DANS LES JARDINS

Facebook Twitter LinkedIn
Imprimer

En illustration : bourdon. © Dorthe Mikkelsen

En se basant sur des données de sciences participatives, des chercheurs du Centre des sciences de la conservation (Muséum national d'Histoire naturelle/CNRS/UPMC) et de l'Observatoire Départemental de la Biodiversité Urbaine de Seine-Saint-Denis viennent, pour la première fois, de mettre en évidence, à l'échelle d'un pays, les effets sur les insectes floricoles (ceux qui butinent les fleurs) de l'emploi de pesticides par les particuliers en France. Leurs résultats, fort intéressants, sont publiés dans la revue « Biological Conservation ».

En milieu urbain, les jardins privés représentent une ressource importante en termes de nourriture et d'abri pour les espèces animales. Pourtant, l'impact des pratiques de jardinage sur ces espèces, en particulier l'utilisation de produits antiparasitaires, est très difficile à évaluer à grande échelle du fait, de l'absence de mesures standardisées et de la restriction d'accès à des propriétés privées.

Les auteurs de la publication ont travaillé sur deux groupes importants d'insectes floricoles : les papillons de jour et les bourdons, en utilisant des données collectées dans le cadre de l'Observatoire de la Biodiversité des Jardins. Leurs analyses montrent que papillons et bourdons sont moins abondants dans les jardins traités avec des insecticides, ce qui était attendu, mais aussi dans ceux traités par des herbicides. À l'inverse, ces insectes sont plus abondants lorsque les jardiniers utilisent de la bouillie bordelaise, d'autres fongicides et des granulés anti-limaces !

Des résultats inattendus

Si l'impact des insecticides sur les insectes est direct puisque c'est le propre de ces produits, celui des herbicides serait indirect, car ils limitent les ressources disponibles pour les papillons et les bourdons.

Mais de manière étonnante, les autres pesticides étudiés présenteraient un impact positif indirect, car ils favorisent la vigueur des plantes, qui offrent alors davantage de ressources aux insectes.

L'impact des pesticides varie selon le type de paysage. Les effets négatifs des insecticides sont plus importants en milieu urbain. Cela serait dû à la difficulté de recolonisation des jardins traités dans une matrice urbaine hostile aux insectes floricoles.

Ces résultats, de dimension nationale, montrent pour la première fois que les comportements individuels, dans un cadre privé, ont un impact sur la biodiversité, même dans un paysage urbain très anthropisé. Ils prouvent également que les conséquences des traitements phytosanitaires sont complexes et ont des effets indirects sur des organismes qui ne sont pas visés directement. En conséquence, si cette étude démontre que les papillons et les bourdons sont plus abondants dans les jardins où des fongicides ou des anti-limaces sont utilisés, cela ne signifie pas pour autant que ces produits sont bénéfiques pour l'ensemble de la biodiversité. L'effet sur la faune du sol ne doit pas être sous-estimé.

Il semble toutefois évident, au vu de cette étude que l'interdiction pure et simple de l'emploi des produits phytosanitaires par les jardiniers amateur, prévue en 2022 par la Loi Labbé, est tout simplement une ineptie et que son contenu doit impérativement être revu. Promojardin a d'ailleurs décidé de s'associer à l'UPJ pour œuvrer dans ce sens et proposer des solutions qui satisfassent aussi bien les jardiniers que les protecteurs purs et durs de l'environnement.

L'Observatoire de la Biodiversité des Jardins, qui a fourni les données utilisées dans cette étude, est un observatoire national co-fondé par le Muséum national d'Histoire naturelle, Noé Conservation pour le volet papillons et le Groupe Associatif Estuaire pour le volet bourdons. Il fait partie du programme de sciences participatives du Muséum, Vigie-Nature.

www.mnhn.fr

Haut de page